Ph Hernigou (Université Paris Est)
La prothèse totale de hanche (PTH) chez les patients très jeunes demeure controversée en raison des inquiétudes concernant la longévité des implants, le risque cumulatif de révision et les résultats fonctionnels à long terme. Les études avec un recul supérieur à 25–30 ans sont rares. L’objectif de cette étude était d’évaluer les résultats cliniques, la survie des implants et les modes de défaillance des PTH réalisés chez des patients très jeunes (< 21 ans) avec un suivi minimal de 30 ans.
Méthodes :
Étude rétrospective d’une cohorte consécutive de patients ayant bénéficié d’une PTH primaire avant l’âge de 21 ans entre 1978 et 1995, dans un centre unique. Les résultats cliniques, les données radiographiques, les complications et les révisions ont été analysés. La survie des implants a été évaluée selon la méthode de Kaplan–Meier. Au total, 123 PTH primaires ont été réalisées chez 91 patients âgés de moins de 21 ans au moment de la chirurgie. Parmi celles-ci, 55 utilisaient un couple de frottement céramique–céramique. Une cupule en polyéthylène cimentée était implantée lorsque le diamètre acétabulaire était inférieur à la plus petite cupule céramique disponible (46 mm), ou lorsqu’une fixation adéquate d’une cupule céramique sans ciment ne pouvait être obtenue malgré un alésage soigneux de l’acétabulum. Certaines hanches ont bénéficié d’un resurfaçage métal–métal. Le diagnostic le plus fréquent ayant conduit à la PTH était l’ostéonécrose de la tête fémorale secondaire à une pathologie de l’enfance (67 %), suivi des arthrites inflammatoires et des séquelles d’infections infantiles. Cinquante hanches avaient fait l’objet d’une chirurgie préalable avant la PTH. Quinze patients sont décédés de causes non liées et douze ont été perdus de vue.
Résultats :
La survie implantaire était de 60 % à 30 ans. La survie à 10 ans était en moyenne de 91,7 %, comparable aux résultats observés chez l’adulte. Les causes les plus fréquentes de révision étaient l’usure du polyéthylène, le descellement aseptique et l’ostéolyse. Les scores fonctionnels se sont nettement améliorés après la chirurgie et sont restés satisfaisants chez les implants survivants, bien que le niveau d’activité ait diminué avec l’âge, indépendamment d’un éventuel échec implantaire.
Discussion : Une évolution temporelle claire des couples de frottement a été observée depuis : l’utilisation céramique–polyéthylène est passée de 5 % à 65 % entre 1995 et 2021, tandis que le métal–métal diminuait de 30 % à 2 % ; le couple céramique sur céramique continuait, mais moins souvent qu’avant 1995. Bien que la révision soit fréquente au cours de la vie, l’échec est le plus souvent lié à l’usure du couple de frottement plutôt qu’à un défaut de fixation. Ces données constituent un point de référence essentiel pour l’évaluation des implants modernes et pour l’information des jeunes patients atteints de pathologie terminale de la hanche. Le suivi à long terme des implants historiques fournit un repère fondamental pour la pratique contemporaine. Si les couples métal–polyéthylène et les concepts initiaux de fixation ont permis d’obtenir 30 ans de fonction acceptable chez des patients jeunes sélectionnés, il est raisonnable d’anticiper que les couples actuels — notamment le polyéthylène hautement réticulé associé à des têtes céramiques — puissent encore prolonger cet horizon.
Background:
Total hip arthroplasty (THA) in very young patients remains controversial because of concerns regarding implant longevity, cumulative revision risk, and long-term functional outcomes. Reports with follow-up beyond 25–30 years are exceptionally rare. The purpose of this study was to evaluate the clinical outcomes, implant survivorship, and modes of failure of THA performed in very young patients ((<21 Years) with a minimum follow-up of
30 years.
Methods:
We retrospectively reviewed a consecutive cohort of patients who underwent primary THA before the age of 21 years between 1978 and 1995 at a single institution.
Clinical outcomes, radiographic findings, complications, and revision procedures were analyzed. Implant survivorship was assessed using Kaplan–Meier analysis with revision for any reason as the endpoint. We performed 123 primary THAs in 91 patients younger than 21 years at the time of surgery. Of those, 55 THAs were done with ceramic-on-ceramic bearings. A cemented polyethylene cup was implanted when the diameter of the acetabulum was smaller than the smallest available ceramic cup (46 mm), or because adequate fixation of a ceramic press-fit cup could not be achieved despite careful reaming of the acetabulum. Some hips had metal on metal resurfacing. The most common diagnosis indicating THA was avascular necrosis of the femoral head following childhood disease (67%), followed by inflammatory arthritis, sequelae of childhood infection. 50 hips had undergone prior surgery before hip replacement. Fifteen patients died from unrelated causes, and 12 patients were lost to follow-up.
Results:
Five to ten-year survivorship averaged 91.7%, comparable with adult benchmarks. Implant survivorship was 60% at 30 years. The most frequent causes of revision were polyethylene wear, aseptic loosening, and osteolysis. Functional scores improved markedly after surgery and remained satisfactory in surviving implants, although activity levels declined with age rather than implant failure.
Discussion:
A clear temporal shift in bearing use was observed during time: ceramic-on-polyethylene increased from 5% to 65% between 1995 and 2021, while metal-on-metal declined from 30% to 2%. THA in very young patients can provide durable pain relief and long-term function, with a substantial proportion of implants surviving beyond 30 years. While revision is common over a lifetime, failure is often related to bearing wear rather than fixation failure. These data provide an important benchmark for evaluating modern implants and counseling young patients facing end-stage hip disease. Long-term follow-up of historical implants provides an essential benchmark for modern practice. If metal-on-polyethylene bearings and early fixation concepts were capable of delivering 30 years of acceptable function in selected young patients, it is reasonable to anticipate that contemporary bearings—particularly highly cross-linked polyethylene combined with ceramic heads—may further extend this horizon.


