B Boukebous (Paris)
Le changement climatique constitue aujourd’hui une urgence sanitaire majeure. Les rapports du Lancet Countdown montrent une aggravation constante des indicateurs liés à l’exposition et à la vulnérabilité des populations. En 2021, plus de 200 revues médicales ont qualifié la hausse des températures mondiales de « plus grande menace pour la santé publique ». L’OMS estime à plus de 250 000 décès annuels l’impact direct du changement climatique, auxquels s’ajoutent plus de huit millions de décès liés à la pollution atmosphérique. Malgré l’Accord de Paris de 2015 visant à limiter le réchauffement à moins de 2 °C, les émissions de CO₂ continuent d’augmenter.
Le secteur de la santé est un contributeur majeur aux émissions de gaz à effet de serre. Aux États-Unis, il représente environ 9 % des émissions nationales ; en France, près de 46 millions de tonnes de CO₂ par an, soit 8 % des émissions nationales. L’AP-HP a enregistré une empreinte carbone d’un million de tonnes de CO₂ en 2022, dont la moitié directement liée aux soins. Plusieurs spécialités ont engagé une réflexion écologique, notamment l’anesthésie, l’ophtalmologie, l’urologie et la chirurgie viscérale. Les principales sources d’émissions incluent les déchets chirurgicaux, le transport, la fabrication des dispositifs médicaux, les gaz anesthésiques et la consommation d’eau. Les gaz halogénés peuvent représenter jusqu’à 60 % de l’empreinte carbone d’un bloc opératoire.
La chirurgie orthopédique et traumatologique est particulièrement concernée en raison du volume d’implants et de déchets produits. Des études françaises ont montré qu’une prise en charge ambulatoire associée à l’anesthésie loco-régionale pouvait réduire les émissions de CO₂ d’environ 12 %. L’utilisation d’ancillaires à usage unique peut diminuer la consommation énergétique liée à la stérilisation. Environ 7 % du matériel implantable ouvert n’est finalement pas utilisé et devient un déchet, proportion plus élevée en traumatologie. Les déchets à risque infectieux (DASRI) représentent 55 % des déchets opératoires, souvent en raison d’erreurs de tri, alors que leur traitement est plus coûteux et plus émetteur de CO₂ que celui des déchets assimilables aux ordures ménagères. À l’échelle nationale, les déchets peropératoires en orthopédie représenteraient environ 10 millions de kg équivalent CO₂.
En 2026, les actions restent principalement locales. Une feuille de route nationale est nécessaire, reposant sur deux piliers : la sensibilisation et la formation des professionnels de santé, encore insuffisantes, et la mise en place de circuits de tri structurés. Les sociétés savantes ont un rôle central pour impulser cette transition. Une orthopédie plus durable est compatible avec la qualité des soins, à condition d’une mobilisation collective organisée et pérenne.
Climate change is now a major public health emergency. Reports from the Lancet Countdown show a continuous worsening of indicators related to exposure and population vulnerability. In 2021, more than 200 medical journals described rising global temperatures as the “greatest threat to global public health.” The World Health Organization estimates over 250,000 excess deaths per year directly attributable to climate change, in addition to more than eight million deaths annually from air pollution. Despite the 2015 Paris Agreement aiming to limit global warming to below 2°C, CO₂ emissions continue to rise.
The healthcare sector is a major contributor to greenhouse gas emissions. In the United States, it accounts for approximately 9% of national emissions; in France, it generates nearly 46 million tonnes of CO₂ per year, representing 8% of national emissions. The Assistance Publique–Hôpitaux de Paris recorded a carbon footprint of one million tonnes of CO₂ in 2022, half of which was directly related to healthcare activities. Several specialties have already initiated ecological efforts, including anesthesia, ophthalmology, urology, and visceral surgery. Major sources of emissions include surgical waste, transportation, device manufacturing, anesthetic gases, and water consumption. Volatile halogenated gases alone may account for up to 60% of an operating theatre’s carbon footprint.
Orthopedic and trauma surgery is particularly concerned due to the high volume of implants and waste generated. French studies have shown that outpatient surgery combined with loco-regional anesthesia can reduce CO₂ emissions by approximately 12%. The use of single-use ancillary instruments may decrease energy consumption associated with sterilization. Around 7% of opened implantable materials are ultimately not used and become waste, with higher rates observed in trauma procedures. Infectious Risk Waste (DASRI) represents 55% of operating room waste, often due to sorting errors, although its treatment is more costly and produces significantly more CO₂ than household-type waste (DAOM). At the national level, perioperative waste in orthopedics is estimated to generate approximately 10 million kg of CO₂ equivalent.
In 2024, most initiatives remain local. A national roadmap is needed, based on two pillars: improved awareness and education of healthcare professionals, which remain insufficient, and the implementation of structured waste-sorting systems. Scientific societies have a central role in driving this transition. Greener orthopedic surgery is compatible with high-quality patient care, provided there is organized and sustained collective action.

