Manuel Francois (Grenoble)
Introduction :
Le secteur de la santé représente environ 8 % des émissions nationales de gaz à effet de serre en France. En rééducation de la main, l’intégration des principes du développement durable (DD) demeure peu formalisée, malgré des enjeux environnementaux croissants. Une évaluation des pratiques professionnelles apparaît nécessaire afin d’identifier les freins, les leviers d’action et les axes prioritaires d’amélioration. Ce travail s’inscrit dans la dynamique que j’ai initiée par la création d’une commission DD au sein du GEMMSOR-SFRM.
Matériel et méthodes :
Une enquête observationnelle, descriptive et transversale a été menée à l’aide d’un questionnaire anonyme en ligne, diffusé auprès des membres du GEMMSOR-SFRM et via des réseaux sociaux professionnels. Le questionnaire comprenait des items relatifs aux caractéristiques sociodémographiques, aux pratiques professionnelles, ainsi qu’aux connaissances et attitudes vis-à-vis du DD. Parallèlement, des travaux exploratoires ont été réalisés sur le réemploi du matériel de rééducation et d’orthopédie, ainsi que sur les possibilités de recyclage et de valorisation des thermoplastiques utilisés pour la confection des orthèses grâce à des travaux d’étudiants d’écoles d’ingénieurs du bassin grenoblois.
Résultats :
Cent dix-sept professionnels ont répondu à l’enquête. La majorité exerçait en libéral (73 %) et présentait une ancienneté professionnelle inférieure à 20 ans (72 %). Une sensibilité aux enjeux du DD était rapportée par 86 % des répondants. Les principaux freins identifiés étaient le manque d’information (67 %) et les contraintes logistiques ou économiques (68 %). L’absence de formation spécifique au DD était mentionnée par 28 % des participants.
L’analyse des réponses a permis d’identifier plusieurs pistes de réemploi du matériel médical et de rééducation, ainsi que l’intérêt d’outils d’aide à la décision pour orienter les achats, tels que l’Index DM. Les répondants ont également souligné la nécessité de renforcer la collaboration avec les industriels, notamment pour réduire les déchets d’emballage et favoriser l’utilisation
de thermoplastiques à faible impact environnemental, recyclables et moins émissifs en polluants.
Discussion :
Cette étude met en évidence un décalage entre une sensibilisation élevée des rééducateurs de la main aux enjeux du DD et la mise en œuvre effective de pratiques durables. Les obstacles identifiés sont principalement structurels et organisationnels, associés à un déficit de formation. Bien que le biais déclaratif inhérent aux études par questionnaire doive être pris en compte, ces résultats constituent un premier état des lieux dans cette spécialité. Ils soulignent l’importance d’une approche systémique intégrant formation, outils d’aide à la décision et partenariats avec les industriels.
Conclusion :
L’intégration du développement durable en rééducation de la main nécessite une structuration des pratiques, reposant sur des référentiels partagés, une formation adaptée et une coopération renforcée entre professionnels, sociétés savantes et industriels. Ces actions pourraient contribuer à réduire l’impact environnemental des soins tout en maintenant la qualité de prise en charge.
Perspectives :
Les travaux menés par la commission DD du GEMMSOR-SFRM, tant en recherche qu’en diffusion scientifique, devraient favoriser l’émergence de recommandations pratiques et encourager l’éco-conception des soins en rééducation de la main, en cohérence avec les recherches récentes en chirurgie de la main. »
Introduction : The healthcare sector accounts for approximately 8% of national greenhouse gas emissions in France. In hand rehabilitation, the integration of sustainable development (SD) principles remains largely informal, despite growing environmental challenges. An assessment of professional practices appears necessary in order to identify obstacles, levers for action, and priority areas for improvement. This work is part of the initiative I launched by creating a SD commission within GEMMSOR-SFRM.
Materials and methods : An observational, descriptive, cross-sectional survey was conducted using an anonymous online questionnaire distributed to GEMMSOR-SFRM members and via professional social networks. The questionnaire included items relating to sociodemographic characteristics, professional practices, and knowledge and attitudes towards SD. At the same time, exploratory work was carried out on the reuse of rehabilitation and orthopedic equipment, as well as on the possibilities for recycling and recovering thermoplastics used in the manufacture of orthoses, thanks to work carried out by students from engineering schools in the Grenoble area.
Results : One hundred and seventeen professionals responded to the survey. The majority were self-employed (73%) and had less than 20 years of professional experience (72%). Eighty-six percent of respondents reported being aware of SD issues. The main obstacles identified were lack of information (67%) and logistical or economic constraints (68%). The lack of specific training in SD was mentioned by 28% of participants.
Analysis of the responses identified several avenues for reusing medical and rehabilitation equipment, as well as the value of decision-making tools to guide purchasing, such as the DM Index. Respondents also emphasized the need to strengthen collaboration with manufacturers, particularly to reduce packaging waste and promote the use of thermoplastics with low environmental impact that are recyclable and emit fewer pollutants.
Discussion : This study highlights a gap between the high level of awareness among hand rehabilitation specialists regarding SD issues and the effective implementation of sustainable practices. The obstacles identified are mainly structural and organizational, associated with a lack of training. Although the reporting bias inherent in questionnaire-based studies must be taken into account, these results provide an initial overview of the situation in this specialty. They underscore the importance of a systemic approach that integrates training, decision-making tools, and partnerships with manufacturers.
Conclusion : The integration of sustainable development into hand rehabilitation requires the structuring of practices based on shared standards, appropriate training, and enhanced cooperation between professionals, learned societies, and manufacturers. These actions could help reduce the environmental impact of care while maintaining the quality of treatment.
Outlook : The work carried out by the GEMMSOR-SFRM SD commission, both in research and scientific dissemination, should promote the emergence of practical recommendations and encourage the eco-design of hand rehabilitation care, in line with recent research in hand surgery.

