43. Réparation des lésions des racines méniscales : principes, indications et techniques

Fx Gunepin, N Pujol, H Mollard-Tanguy, H Common, C Hulet
(Lorient)

Les lésions des racines méniscales constituent des atteintes graves du ménisque, responsables d’une incompétence méniscale fonctionnelle équivalente à une méniscectomie totale. En rompant l’ancrage ménisco-osseux, elles empêchent la transformation des contraintes axiales en contraintes circonférentielles, ce qui conduit à une augmentation majeure des pressions de contact fémoro-tibiales et à une dégénérescence cartilagineuse accélérée. Ces lésions sont souvent associées aux lésions radiaires, avec lesquelles elles partagent un impact biomécanique délétère comparable.
Données cliniques et diagnostiques : Sur le plan clinique, les symptômes peuvent être discrets ou trompeurs : douleur de l’interligne, épanchements récidivants, gêne à l’accroupissement, parfois sans véritable blocage ni instabilité. Chez le sujet jeune, la lésion de racine survient typiquement lors d’un traumatisme violent, fréquemment associée à une rupture du LCA, et touche plus souvent le ménisque latéral. Chez le patient plus âgé, elle est souvent liée à un traumatisme de moindre énergie ou à un mécanisme dégénératif, prédominant alors au ménisque médial, avec un tissu parfois de qualité altérée (méniscose dégénérative)

L’IRM est l’examen clé et doit être analysée de façon ciblée, en recherchant systématiquement une atteinte radiaire ou de racine, notamment devant toute lésion ligamentaire associée. Les éléments importants à préciser sont le type de lésion, sa localisation, sa taille et l’existence d’une extrusion méniscale. Radiologiquement, des clichés en charge (schuss, axes) sont utiles pour évaluer le contexte morphologique et dégénératif, en particulier chez les patients plus âgés.
Intérêt de la réparation : De nombreuses études biomécaniques et cliniques ont montré que la non-réparation des racines conduit à une évolution rapide vers l’arthrose. À l’inverse, la réinsertion anatomique permet de restaurer, au moins partiellement, la fonction de transmission des charges du ménisque, de réduire les pressions de contact et d’améliorer la symptomatologie fonctionnelle. La réparation est donc aujourd’hui considérée comme le traitement de référence chez le patient symptomatique avec un genou peu ou pas arthrosique et un tissu méniscal de qualité suffisante.

Indications thérapeutiques : Les indications dépendent du contexte lésionnel :

Lésion associée (LCA + ménisque) : la réparation de la racine doit être réalisée dans le même temps que la ligamentoplastie.
Lésion isolée aiguë : l’indication est en général chirurgicale, surtout chez le sujet jeune ou actif.
Lésion isolée chronique : la décision repose sur un bilan clinique et radiologique complet (âge, morphotype, axes, état cartilagineux, retentissement fonctionnel), avec éventuellement des gestes associés (correction d’axe, traitement du cartilage, prise en charge de l’IMC).
Lorsque la continuité méniscale est conservée, une suture “classique” peut être discutée. En cas de rupture complète de la racine, la réinsertion trans-osseuse est la technique de référence.

Principes techniques de la réinsertion des racines :

La technique la plus répandue repose sur une réinsertion trans-tibiale de la racine : Mise en place de fils de suture (résorbables type PDS ou non résorbables) à travers le moignon méniscal à l’aide de pinces dédiées. Réalisation d’un ou deux tunnels tibiaux à l’aide d’un viseur spécifique (souvent dérivé des instruments de LCA). Passage des sutures dans les tunnels puis fixation distale par endobouton ou ancre.

En post-opératoire une décharge d’environ 6 semaines doit précéder une reprise progressive de l’appui et de la mobilité, afin de favoriser la cicatrisation ménisco-osseuse.
Messages clés : Les lésions des racines méniscales sont fréquentes mais sous-diagnostiquées : il faut les chercher systématiquement à l’IRM, en particulier lors des bilans préopératoires de ligamentoplastie. Leur impact biomécanique est majeur, équivalent à une méniscectomie totale. La réparation anatomique, lorsqu’elle est indiquée, représente aujourd’hui un enjeu central pour préserver le capital cartilagineux et améliorer le pronostic fonctionnel du genou, au prix d’une rééducation plus longue et d’une indisponibilité prolongée pour les sports à impact.

 

Meniscal root tears are severe meniscal injuries responsible for functional meniscal insufficiency equivalent to a total meniscectomy. By disrupting the menisco-osseous anchorage, they prevent the conversion of axial loads into circumferential (hoop) stresses, leading to a major increase in femorotibial contact pressures and accelerated cartilage degeneration. These lesions are often associated with radial tears, with which they share a comparable deleterious biomechanical impact.

Clinical and Diagnostic Data : Clinically, symptoms may be subtle or misleading: joint line pain, recurrent effusions, discomfort when squatting, sometimes without true locking or instability. In young patients, root tears typically occur after high-energy trauma, frequently

associated with an ACL rupture, and more often involve the lateral meniscus. In older patients, they are more often related to lower-energy trauma or a degenerative mechanism, predominantly affecting the medial meniscus, with tissue sometimes of altered quality (degenerative meniscopathy). MRI is the key investigation and must be analyzed in a targeted manner, systematically looking for a radial or root tear, especially in the presence of any associated ligament injury. Important elements to specify are the type of lesion, its location, its size, and the presence of meniscal extrusion. From a radiological standpoint, weight-bearing views (Rosenberg/schuss views, alignment films) are useful to assess the morphological and degenerative context, particularly in older patients.

Rationale for Repair : Numerous biomechanical and clinical studies have shown that failure to repair meniscal roots leads to rapid progression toward osteoarthritis. Conversely, anatomic reinsertion allows at least partial restoration of the meniscus load-transmission function, reduces contact pressures, and improves functional symptoms. Repair is therefore currently considered the treatment of choice in symptomatic patients with little or no osteoarthritis and sufficiently good-quality meniscal tissue.

Therapeutic Indications : Indications depend on the injury context:

Associated injury (ACL + meniscus): root repair should be performed at the same time as ligament reconstruction.

Isolated acute tear: the indication is generally surgical, especially in young or active patients. Isolated chronic tear: the decision is based on a complete clinical and radiological assessment (age, morphotype, alignment, cartilage status, functional impact), with possible associated procedures (axis correction, cartilage treatment, management of the medial compartment). When meniscal continuity is preserved, a “classic” repair can be considered. In the case of complete root rupture, transosseous reinsertion is the reference technique.

Technical Principles of Root Reinsertion : The most widely used technique relies on trans-tibial root reinsertion:

Placement of suture threads (absorbable such as PDS or non-absorbable) through the meniscal stump using dedicated graspers. Creation of one or two tibial tunnels using a specific aiming guide (often derived from ACL instruments). Passage of the sutures through the tunnels followed by distal fixation with a cortical button or an anchor. Postoperatively, a period of non–weight-bearing of approximately six weeks should precede a gradual return to weight-bearing and mobility, in order to promote menisco-osseous healing.

Key Messages : Meniscal root tears are frequent but underdiagnosed and must be systematically sought on MRI, particularly during preoperative assessments for ligament reconstruction. Their biomechanical impact is major, equivalent to a total meniscectomy. When indicated, anatomic repair represents a central issue for preserving cartilage stock and improving the functional prognosis of the knee, at the cost of longer rehabilitation and prolonged unavailability for impact sports.

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